TBI, quand une technologie rassurante renforce le sentiment d’efficacité et le plaisir d’enseigner

Article publié dans les  Dossiers de l’Ingénierie Pédagogique, hors série « les TICE au service des élèves du primaire », décembre 2008.

Un outil emblématique : le tableau interactif.

Les premiers travaux sur les écrans multi-touch (écrans « tactiles ») présents sur diverses interfaces ont été réalisés à l’université de Toronto (Canada) dès 1982. Pour le grand public, ces technologies émergent depuis peu avec des produits très en vogue comme l’iPhone d’Apple ou plus confidentiellement avec le projet Surface de Microsoft.

Dans l’éducation, le tableau blanc interactif (TBI), encore appelé le tableau numérique interactif (TNI) est de plus en plus visible. Techniquement, le TBI fait partie d’un trinôme, ordinateur personnel, vidéo projecteur et tableau blanc dans lequel il assure les fonctions essentielles d’interface homme-machine en substitution des dispositifs d’affichage (l’écran), de désignation et de pointage (la souris) et d’entrée de commandes (le clavier). L’ordinateur personnel peut ainsi s’utiliser sans écran, ni souris, ni clavier, le TBI assurant toutes ces fonctions. Le TBI est indissociable du vidéo projecteur qui prend en charge l’affichage de la sortie graphique. Les actions de l’utilisateur sont détectées sur la surface sensible de l’écran puis transmises à l’ordinateur personnel, via une connexion le plus souvent filaire. Ce dispositif n’a en soit rien de révolutionnaire, pourtant il préfigure ce que seront ces interfaces dans les années futures avec la disparition progressive des dispositifs physiques de saisie que sont le clavier et la souris grâce aux écrans tactiles ou virtuels qui contextualisent leur apparence selon les besoins du système ou de l’utilisateur.

La presse a beaucoup médiatisé l’usage du TBI dans les écoles, notamment dans le système éducatif britannique, depuis un plan d’équipement massif (2004). En France, les expérimentations ont commencé pratiquement à la même époque, mais la progression de l’équipement des écoles est moins rapide. Cette phase de déploiement ressemble plus à une phase d’évaluation voire d’expérimentation est destinée à une prise de contact entre le monde enseignant, sa pratique et la prise en main de ce nouvel outil pédagogique. Cependant, progressivement, grâce à l’impulsion du ministère de l’éducation nationale, relayées par les Inspections d’Académies et les efforts des collectivités locales, on compte par exemple près de 150 écoles primaires équipées dans l’Académie de Lille. De ce fait, afin d’être en mesure de permettre à chacun de maîtriser les compétences nécessaires pour son utilisation dans des actes de formation ou d’apprentissage, ces deux dernières années, l’IUFM a investi dans cet équipement. Actuellement, une quinzaine de tableaux interactifs, couplés ou non avec une dizaine de classes mobiles, sont disponibles. Grâce à la généralisation de l’accès sans fil à Internet (via 135 bornes ASFI-WiFi) dans tous les bâtiments, plusieurs types de configurations sont possibles sur les 7 sites de formation de l’Institut :

  • salle de formation avec un ordinateur fixe, un vidéo projecteur fixe et TBI fixe ;
  • salle de formation avec 23 ordinateurs fixes, un vidéo projecteur fixe et TBI fixe ;
  • classe mobile de 20 à 30 ordinateurs portables, pour rejoindre une salle de formation équipée d’un vidéo projecteur (fixe ou mobile) et d’un TBI (fixe ou mobile) ;
  • valise équipée d’un ordinateur portable, d’un vidéo projecteur et d’un dispositif mobile interactif (DMI) parfois appelé TBI « de poche ».

Passée le cap d’une légitime appréhension avant la première activité, la plupart des enseignants formateurs qui ont testé l’usage du TBI ne souhaitent plus revenir en arrière, même si dans un premier temps cela leur demande souvent un léger temps d’adaptation, au niveau des supports de formation et de la façon de faire cours.

Les différentes configurations présentent sur les sites de formation de l’IUFM permettent aux enseignants stagiaires qui le souhaitent de se faire la main avec ces équipements, de tester leurs supports de cours ou de préparer leurs séances d’ateliers de développement de pratiques pédagogiques (ADPP) ou encore des stages en responsabilité dans la région (parfois même à l’étranger et notamment au Royaume-Uni).

Il s’agit le plus souvent d’apprendre à manipuler les outils spécifiques fournis par le constructeur puisque la manipulation d’un TBI ne relève pas de compétences spécifiques pour celui qui manipule quotidiennement une souris et un clavier. Dans les écoles, toutes les configurations ne se valent pas. En la matière, le choix des logiciels utilisés n’est pas neutre. Ils sont de deux ordres :

Tout logiciel pédagogique ou à vocation pédagogique peut être mis en oeuvre sur un TBI. Ils sont nombreux et parfaitement décrits sur certains sites web.

En revanche, les logiciels assurant la gestion du TBI jouent un rôle particulièrement important pour transformer le TBI d’un banal objet technique à un outil pédagogique performant. Il faut malheureusement savoir que ces logiciels sont spécifiques à chaque TBI car édités par les constructeurs, non compatibles les uns avec les autres et n’utilisent pas de formats ouverts. Ainsi, au-delà des fonctionnalités de base (clavier virtuel, crayon virtuel, surlignage, copie de zone écran), la mise à disposition d’outils supplémentaires est une plus value appréciable voire indispensable. De même l’existence d’un « bloc-note » vectoriel permettant la manipulation et le déplacement d’objets, d’images et de textes vectoriels offrent aux enseignants la possibilité d’exprimer une plus grande créativité pédagogique. Ainsi, le choix d’un TBI doit bien entendu s’appuyer sur ces qualités techniques, mais aussi sur la qualité, la richesse et l’évolutivité de l’offre logicielle fournie par le constructeur.

Remplacer la craie par le numérique « dépoussière »-t-il la pédagogie ?

S’il est bien un objet culturellement indissociable de l’école, c’est bien le tableau. Il fait partie de ces quelques objets incontournables qui permettent à n’importe quel terrien de savoir qu’il est dans un lieu où se déroulent des actes d’enseignement/apprentissage. C’est d’ailleurs certainement l’une des raisons de l’engouement médiatico-politique autour du TBI, comme si la « modernisation » de cet objet emblématique qu’est le tableau pouvait être un indicateur de la « modernisation » de l’école…  Rien n’est moins sûr… Comme l’indique Alain Chaptal, « les prédictions optimistes ont très fréquemment insisté sur le rôle de catalyseur d’un changement pédagogique qu’étaient censées jouer ces technologies, établissant souvent un lien de causalité directe entre la mise à disposition de celles-ci et, d’une part, leur usage, d’autre part, le développement d’un nouveau « paradigme » pédagogique. […] Cette révolution pédagogique qu’ont annoncée de nombreux prophètes ne s’est nulle part produite et ne se produit pas. ».

Il y a toujours, il y a toujours eu, un décalage très important entre les usages prescrits (ou rêvés) par l’institution scolaire et les usages réels des enseignants. Dans le cas des technologies usuelles de la communication et de l’information, cela s’observe tout autant. Ne compter que sur l’introduction d’outils techniques (quelles qu’en soient les qualités intrinsèques) pour modifier les pratiques ou la pédagogie des enseignants est certainement un leurre. Malgré des équipements plus nombreux, que ce soit en Grande-Bretagne ou sur le continent nord américain, des études longitudinales montrent que la qualité des pratiques des TICE reste assez basique : en tout cas très en deçà des promesses ou des annonces des constructeurs de ces matériels.

D’autre part, il semble acquis qu’il n’existe aucun déterminisme pédagogique des TIC. En effet, quand elles sont utilisées dans les classes, les technologies ne sont pas nécessairement porteuses de « nouvelles » pratiques pédagogiques. Deux explications sont souvent données au fait que l’on observe rarement de « rupture » pédagogique en tant que telle :

  • Les évolutions sont fondées sur le continuum des pratiques des enseignants, qui apprécient de pouvoir adapter (à condition d’avoir le sentiment d’en garder la maîtrise) les ressources au contexte, chaque fois spécifique, de leur classe. Ces évolutions se font par paliers (maîtrise incrémentale) et prennent du temps, car la maîtrise de nouveaux gestes professionnels s’apprécie dans la durée.
  • Les technologies s’adaptent en fait à tous les styles de pédagogiques, sans un imposer un plus particulièrement.

Le TBI n’échappe pas à ces constats : il n’est donc a priori intrinsèquement pas plus porteur d’une nouvelle donne pédagogique que d’autres technologies. Cependant c’est vraisemblablement l’un des objets techniques qui s’adapte le mieux à la pédagogie des enseignants, quelle qu’elle soit. Par certains égards, il est même plutôt probable qu’il en renforce même les effets : pour le meilleur, comme pour le pire… Ainsi, le risque que la présence du TBI renforce dans la classe, jusqu’à la caricature, le magistère solitaire de l’enseignant, comme le papillonnage des élèves, ne doit pas être écarté.

Au cours de leur formation à l’IUFM, les enseignants stagiaires apprennent d’ailleurs progressivement à faire la part des choses, car la simple observation de l’usage des technologies dans la classe d’un collègue plus ancien, même via un compagnonnage intensif, serait à l’évidence insuffisante. Pour cela, il est important, dès la formation initiale, de concevoir des dispositifs de formations qui permettent aux enseignants de devenir au plus vite des praticiens éclairés en ce qui concerne les gestes professionnels pour lesquels l’usage des TIC est pertinent, comme cela est attendu dans le certificat informatique et internet niveau 2 « enseignant » (C2i2e).

Le TBI : une technologie rassurante qui renforce l’impact de l’enseignant

Parmi tous les arguments, souvent mis en avant concernant l’usage du TBI en classe, nombreux correspondent en fait à une plus-value déjà mise en avant pour ce qui concerne le multimédia, les hypertextes, ou l’usage du vidéo projecteur notamment pour une présentation assistée par ordinateur (PréOA). Si l‘on n’y regarde de plus près, les avantages objectifs du TBI par rapport au simple usage d’un vidéo projecteur peuvent apparaître comme étant peu nombreux, ils n’en sont pas moins importants. Il faut surtout retenir qu’en supprimant tous les périphériques habituellement utilisés pour une PréAO, le TBI permet la manipulation d’objets, d’images ou de mots, au sens le plus trivial du terme : avec la main.

Cet accès direct à ce qui est affiché au tableau apporte beaucoup de confort pour les élèves comme pour l’enseignant :

  • D’une part, cela apporte une grande précision, par exemple concernant ce que l’enseignant veut effectivement monter aux élèves : il est beaucoup plus facile pour eux de voir ce qui est « au bout du doigt » de celui qui est au tableau, que suivre le mouvement d’un curseur sur un écran (moins de fatigue visuelle pour « chercher » ce dont il parle…).
  • D’autre part, le TBI permet à celui qui est en action de « rester au tableau » : il lui permet d’oublier la présence de l’ordinateur, donc d’être d’avantage concentré sur l’activité en cours.

e TBI est un outil qui renforce l’impact de l’enseignant (ou d’un élève) à chaque fois qu’il veut montrer, démonter ou simuler. Il lui permet de mettre en scène ses supports de cours avec un rendu inégalé : une technologie qui obéit au doigt et pour les besoins de l’oeil. Cela procure un sentiment de fluidité dans l’acte d’enseignement/apprentissage. Cet aspect très plaisant est renforcé par l’impression de prendre un certain pouvoir sur les éléments présentés au tableau, notamment de pouvoir les déplacer « à la main » : les suites logicielles fournies avec certains TBI permettent même d’écrire, de dessiner avec le doigt, ce qui est toujours du plus bel effet devant les élèves… Au-delà de ces aspects qui peuvent paraître futiles, certaines suites logicielles intègrent des outils d’aides qui apportent beaucoup à l’acte pédagogique :