Pix le remplaçant du c2i est-il déjà mort ?

A 6 mois de la fin de son CDD, la ministre Vallaud Belkacem a profité du salon Educatice pour annoncer des innovations qui, du moins elle l’espère, la propulseront au firmament de la célébrité du monde éducatif. Je passe rapidement sur les 5 Go de stockage sécurisés gracieusement offerts en partenariat avec la Poste (ce n’est pas le courrier la Poste ?), pour m’attarder sur la révolution :  le remplacement programmé du c2i par Pix, la nouvelle certification.

Selon la plaquette, Pix est un outil d’évaluation et de valorisation des compétences numériques offrant l’opportunité d’en développer de nouvelles.

Autrement dit, la ministre et les hauts fonctionnaires à l’origine du projet ont pour objectif de remplacer un enseignant par une plate-forme numérique : il est évidemment indispensable de succomber à la mode qui veut que chaque problème peut trouver une solution grâce à une application, mais imaginer qu’une application centralisée peut remplacer un enseignant à savoir, former, évaluer et parfois certifier, il faut disposer d’une bonne dose d’orgueil et une volonté à toute épreuve.

Imaginons que cela soit possible et gardons l’esprit ouvert, connectons-nous sur la béta publique https://pix.beta.gouv.fr/

Tout d’abord, il faut savoir que cette application est vendue par le ministère comme libre et conçue par « des startups » façon méthodologie agile, le projet est d’ailleurs disponible sur Github sous le nom de pix-live, à ce jour il y a 5 contributeurs actifs, ce qui est très impressionnant et plutôt rassurant sur le maintien de l’application.

D’après les éléments publiés, Pix ressemble à une sorte de gestionnaire de  QCM, un peu comme Hot Potatoes  mais en plus moderne ou même un module Quiz de Moodle qui aborderait les quatre domaines suivants en autant de quiz:

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Il est tout à fait étrange que le ministère mette en avant l’outil d’évaluation, un QCM, sans mettre en ligne aucune trace de ce qu’on pourrait penser être un préalable comme par exemple un référentiel de compétences, des contenus de formation.

Gardons l’esprit ouvert et prenons le parti de voir Pix comme un outil d’évaluation diagnostique dans sa version bêta.

Je me suis mis dans la peau d’un testeur, et j’ai donc testé les quiz et notamment la Création de contenu et j’ai été désagréablement surpris par deux points :

  • Le mélange qui est fait entre plusieurs domaines qui n’ont rien à voir les uns avec les autres : l’algorithmique, le développement Web et la bureautique.
  • l’usage immodéré et aveugle des logiciels et des formats propriétaires en contradiction totale avec le mode de développement du projet et plus grave, en  opposé aux bonnes pratiques développées dans le référentiel du C2i actuel qui insiste lourdement sur l’interopérabilité des formats et sur les licences libres. Pix nous sert du format docx, du xlsx, du pptx qui nécessitent l’usage du logiciel associé, on parle bien de la suite MS Office lourdement payante et fermée.

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Sur ce point, on se doute que les rédacteurs de ces questions n’ont pas connaissance de la RGI (également du ressort de modernisation.gouv.fr partie prenante du projet Pix), du combat mené par l’APRIL et de sa campagne sur les formats ouverts.

Voilà qui me semble dommageable et relèver d’une réelle incompétence.

On pourra également plaisanter sur la pertinence de certains questions notamment dans le Domaine Protection et Sécurité, quand elles ne sont pas incorrectes :

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Chacun sait que la résistance d’un mot de passe tient en deux critères, son longueur et sa facilité à être retenu facilement :

password_strength

Je n’ai pas eu le courage de tester plus en profondeur les autres Domaines présentés, je laisse au lecteur le soin de faire sa propre opinion.

Pix doit être déployé pour la prochaine rentrée 2017, soit dans exactement 9 mois, il est évident que nous sommes encore loin de la phase opérationnelle et que l’accouchement risque fort de ressembler à un avortement thérapeutique.